Embauches de cadres en 2026 : reprise confirmée ou marché encore sous tension

Après deux années de ralentissement, les embauches de cadres devraient repartir à la hausse en 2026. L’Apec prévoit 305 800 recrutements de cadres, soit +4 % par rapport à 2025, avec un retour au-dessus du seuil des 300 000 embauches. Cette reprise resterait toutefois inférieure au niveau atteint en 2023.

Pour les entreprises, le signal est positif, mais il ne faut pas le lire trop vite. Le marché cadre redémarre, sans redevenir simple. Les candidats restent attentifs au projet, au niveau de responsabilité, au management, à la rémunération, à la souplesse d’organisation et à la solidité de l’entreprise. Côté recruteurs, les décisions restent plus prudentes qu’avant.

Autrement dit : 2026 pourrait être une année de reprise, mais aussi une année où les erreurs de recrutement coûteront cher. Les entreprises qui préparent un recrutement de cadre dirigeant devront cadrer leur besoin avec précision avant d’ouvrir la recherche.

Une reprise réelle, mais encore fragile

L’embellie prévue par l’Apec repose sur un regain attendu de l’investissement des entreprises. Quand les projets repartent, les besoins cadres suivent : pilotage, transformation, développement commercial, innovation, structuration financière, systèmes d’information, management d’équipes.

Mais cette dynamique peut encore être freinée. Le baromètre Apec du deuxième trimestre 2026 montre déjà un fléchissement des intentions de recrutement : elles passent de 51 % à 48 % dans les grandes structures et de 16 % à 12 % dans les PME entre le premier et le deuxième trimestre 2026.

La reprise existe donc, mais elle reste sous condition. Les entreprises recrutent, oui. Elles le font avec davantage d’arbitrages, de validations internes et d’exigence sur les profils.

Infographie faisant la synthèse du rapport de l'APEC sur l'embaiche des cadres en 2026

Les fonctions cadres les plus recherchées en 2026

Trois familles devraient concentrer plus de la moitié des recrutements cadres attendus en 2026 : l’informatique, les études-R&D et le commercial-marketing.

Les profils informatiques restent très demandés

Les recrutements de cadres informatiques restent portés par la cybersécurité, la data, les systèmes d’information, l’intelligence artificielle et la transformation digitale. Pour beaucoup d’entreprises, le sujet n’est plus seulement technique. Il s’agit de recruter des profils capables de dialoguer avec les métiers, prioriser les projets et sécuriser les décisions.

C’est particulièrement vrai lorsqu’il faut structurer ou renforcer une direction des systèmes d’information. Le recrutement d’un DSI ne se limite pas à valider une expertise technique : il faut aussi évaluer la capacité à piloter, convaincre, arbitrer et accompagner les équipes dans la durée.

Les entreprises positionnées sur des marchés numériques, logiciels, télécoms ou services IT devront aussi soigner leur approche des profils informatiques et télécoms, car la concurrence entre employeurs restera forte sur les bons candidats.

Les études et la R&D tirent aussi les recrutements

Les fonctions études et R&D devraient elles aussi rester très actives. L’Apec identifie cette famille comme l’un des trois grands moteurs des recrutements cadres en 2026.

Ces profils sont recherchés dans l’ingénierie, l’industrie, les bureaux d’études, l’innovation produit, la recherche appliquée et les activités technologiques. Là encore, le CV ne suffit pas. Un bon cadre en recherche et développement doit savoir transformer une expertise en projet concret, travailler avec des contraintes de coût, de délai et de production, et collaborer avec des interlocuteurs variés.

Les entreprises de l’ingénierie et des bureaux d’études auront donc intérêt à anticiper leurs recrutements. Attendre que le besoin soit urgent réduit souvent la qualité du choix.

Les fonctions commerciales restent exposées

Quand l’activité repart, les entreprises renforcent aussi leurs équipes commerciales. Développer de nouveaux comptes, reconquérir des marchés, structurer une stratégie grands comptes ou ouvrir un territoire demande des cadres capables de produire des résultats, mais aussi de tenir une ligne commerciale cohérente.

Le recrutement d’une direction commerciale doit donc être traité avec attention. Un bon candidat ne se résume pas à un chiffre d’affaires annoncé. Il faut comprendre son environnement, son cycle de vente, son niveau d’autonomie, sa capacité à manager, à construire une offre et à installer une relation durable avec les clients.

En 2026, les entreprises qui recruteront vite sans clarifier leur stratégie commerciale risquent de confondre profil séduisant et profil adapté.

Les secteurs qui devraient porter les embauches de cadres

Selon l’Apec, la reprise serait d’abord portée par les services à forte valeur ajoutée, notamment les activités informatiques, l’ingénierie-R&D, le conseil et la banque-assurance. L’industrie et la construction devraient aussi contribuer à la hausse, mais avec des dynamiques variables selon les segments.

Pour les entreprises industrielles, le recrutement cadre reste lié à la modernisation des outils, aux enjeux de production, à la qualité, à la maintenance, à la supply chain et à l’innovation. Un recrutement dans l’industrie demande souvent une bonne compréhension du terrain, des contraintes opérationnelles et de la culture métier.

Certains secteurs devraient aussi concentrer des besoins plus spécifiques. L’aéronautique, les équipements industriels, l’énergie, la recherche ou les biotechnologies peuvent nécessiter des approches de sourcing plus ciblées. Pour les entreprises de biotechnologie et recherche, la rareté des profils impose souvent de travailler en amont sur la définition du poste et l’attractivité du projet.

Les fonctions liées à la logistique, au transport et à la supply chain resteront aussi à surveiller. Dans un contexte de tension sur les coûts, les délais et les organisations, ces cadres jouent un rôle direct dans la performance opérationnelle.

Les régions ne repartiront pas toutes au même rythme

La dynamique 2026 devrait varier selon les territoires. L’Apec signale une progression plus marquée en Occitanie, en Île-de-France et dans les Pays de la Loire.

Cette donnée compte pour les entreprises. On ne recrute pas un cadre de la même manière selon le bassin d’emploi, la concurrence locale, l’attractivité du territoire, les salaires pratiqués et les possibilités de mobilité.

Recruter à Toulouse dans un environnement marqué par l’aéronautique et l’ingénierie ne pose pas les mêmes questions que recruter à Paris, où le volume de cadres est plus important mais la concurrence entre employeurs très forte.

Même logique pour les entreprises implantées à Montpellier, Bordeaux, Nantes, Lyon ou Marseille : le discours candidat doit être adapté au territoire, pas seulement au poste.

Un marché moins tendu ne veut pas dire plus facile

L’Apec observe aussi une évolution des pratiques de recrutement. En 2025, les entreprises ont moins eu recours aux intermédiaires de recrutement et à l’approche directe, avec un retour à des stratégies de sourcing moins offensives.

Ce point mérite attention. Quand le marché semble moins tendu, certaines entreprises relâchent leurs efforts : annonces moins travaillées, viviers peu explorés, process trop lent, évaluation trop rapide, promesse employeur vague.

C’est souvent là que les erreurs apparaissent. Un cadre ne choisit pas seulement une fiche de poste. Il évalue la clarté du mandat, la qualité du management, la cohérence du projet, la capacité de décision de l’entreprise et les moyens associés à sa mission.

Les entreprises qui recrutent des profils d’encadrement doivent donc aller au-delà de la validation du parcours. Elles doivent mesurer la posture, le niveau de responsabilité déjà exercé, la capacité à entraîner une équipe et l’adéquation avec la culture interne.

Les jeunes cadres restent plus exposés

La reprise ne bénéficiera pas de façon homogène à tous les profils. Les jeunes cadres, c’est-à-dire ceux qui ont moins de six ans d’expérience, ne devraient voir leurs recrutements progresser que légèrement. L’Apec prévoit 137 600 embauches de jeunes cadres en 2026, soit 45 % des recrutements, mais encore loin des niveaux 2023.

Les entreprises privilégient souvent les cadres déjà opérationnels quand la visibilité économique reste limitée. Cela peut sembler rationnel à court terme, mais ce réflexe crée un autre risque : affaiblir le renouvellement des compétences, réduire la diversité des parcours et faire grimper la concurrence sur les profils expérimentés.

Ce que les entreprises doivent préparer avant de recruter un cadre en 2026

Avant de lancer une recherche, la première question n’est pas “où publier l’annonce ?”. La vraie question est : quel problème ce recrutement doit-il résoudre ?

Remplacer un départ, structurer une fonction, ouvrir un marché, piloter une transformation, sécuriser une organisation ou préparer une succession ne demande pas le même profil.

La deuxième question porte sur le niveau d’autonomie. Certaines entreprises disent chercher un cadre stratégique, alors qu’elles attendent surtout un manager très opérationnel. D’autres cherchent un expert technique, mais découvrent trop tard qu’elles avaient besoin d’un profil capable de faire bouger une organisation.

La troisième question concerne les critères de décision. Un bon recrutement cadre suppose de croiser les réalisations passées, le contexte dans lequel elles ont été obtenues, les motivations, la posture managériale, la capacité d’adaptation et la compatibilité avec l’environnement de l’entreprise.

Pour travailler cette étape, les entreprises peuvent aussi s’appuyer sur des méthodes plus ciblées que la simple diffusion d’annonce. Les canaux de recrutement à mobiliser pour recruter un cadre doivent être choisis selon le niveau de rareté du profil, le secteur, la fonction et le degré de confidentialité de la recherche.

PME et ETI : ne pas subir le marché

Les PME devraient représenter une part majeure des recrutements cadres en 2026. L’Apec estime qu’elles pourraient recruter environ 200 000 cadres, soit 65 % des recrutements cadres prévus.

Pourtant, beaucoup de PME abordent encore le recrutement cadre avec des moyens limités : fiche de poste trop générale, diffusion insuffisante, processus trop long, promesse employeur floue, décision prise sur impression.

Face à des profils expérimentés, ce fonctionnement devient risqué. Les bons candidats comparent les projets, la gouvernance, la clarté du mandat, les moyens associés au poste et la qualité des échanges. Ils ne choisissent pas seulement une rémunération. Ils choisissent un cadre d’action.

2026 : recruter moins dans l’urgence, mieux dans la méthode

Les embauches de cadres devraient repartir en 2026, mais cette reprise ne supprimera pas les difficultés. Elle va surtout déplacer le sujet : les entreprises auront davantage d’opportunités, mais elles devront être plus précises dans leur besoin, plus convaincantes dans leur approche et plus solides dans leur évaluation.

Les fonctions informatiques, R&D, commerciales, industrielles, RH, financières et logistiques resteront particulièrement surveillées. Les secteurs à forte valeur ajoutée tireront une partie de la reprise. Les régions les plus dynamiques renforceront encore la concurrence sur certains profils.

Pour les dirigeants, DRH et managers recruteurs, le bon réflexe consiste à préparer chaque recrutement cadre comme une décision stratégique. Pas seulement comme un poste à pourvoir.

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A propos de l'auteur

Loïc DOUYERE

Après avoir réalisé 2,5 tours du monde pendant 8 ans avec la Marine Nationale, j'ai rejoint le Florian Mantione Institut en tant que consultant RH en 2001.

Généraliste RH, j'ai recruté plus de 1 000 personnes, notamment dans des fonctions commerciales (past-président DCF Languedoc), de l’environnement ou dans les nouvelles technologies (création et direction du logiciel de recrutement en ligne RECRUTOR depuis 2011 – Intégration du milieu des start-up).

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