Le management selon les techniques théâtrales : quand le manager devient metteur en scène

Manager, c’est monter sur scène tous les jours.

Une réunion d’équipe, un entretien individuel, une négociation tendue, une annonce difficile, un recadrage, une prise de parole devant un collectif : autant de situations dans lesquelles le manager est observé, attendu, parfois jugé. Il doit capter l’attention, donner du sens, créer de la confiance, gérer les tensions et faire exister un collectif.

C’est précisément le point de départ du webinar organisé par le Florian Mantione Institut RH, « Le management selon les techniques théâtrales », animé par Florian Mantione et Jean-Luc Cohen-Rimbault. À travers ce dialogue entre un expert du management et un homme de théâtre, une conviction forte apparaît : le théâtre n’est pas un divertissement éloigné de l’entreprise. Il est une formidable école de présence, d’écoute, d’adaptation et de leadership.

Cette réflexion se prolonge dans le livre "Le management selon les techniques théâtrales", coécrit par Florian Mantione et Jean-Luc Cohen-Rimbault. L’ouvrage invite les managers, dirigeants et responsables RH à regarder leur rôle autrement : non pas comme une fonction hiérarchique figée, mais comme un rôle à incarner avec justesse.

Le théâtre n’apprend pas à faire semblant, il apprend à incarner

Le rapprochement entre management et théâtre peut surprendre. Certains pourraient y voir une invitation à « jouer un rôle », à maîtriser une posture artificielle ou à produire une forme de mise en scène calculée.

C’est exactement l’inverse.

Le théâtre ne consiste pas à tricher avec la réalité. Il oblige au contraire à être pleinement présent, à habiter une intention, à écouter ses partenaires, à s’adapter à ce qui se passe sur scène et à rendre un message intelligible pour le public.

Transposé à l’entreprise, ce principe est essentiel. Un manager ne peut pas se contenter d’avoir un titre. Il doit donner corps à son rôle. Sa manière de parler, d’écouter, de regarder, de se taire, de cadrer et de réagir transmet toujours quelque chose à son équipe.

Même lorsqu’il ne dit rien, le manager communique.

Il peut transmettre de la confiance ou de l’inquiétude, de la clarté ou de la confusion, de l’énergie ou du doute. Le management selon les techniques théâtrales commence donc par une prise de conscience simple : la présence managériale est un outil de travail.

La présence : première compétence du manager

Sur scène, tout commence par la présence. Un comédien peut avoir un texte parfaitement appris ; s’il ne l’incarne pas, le public ne le suit pas. Il en va de même pour le manager.

Une stratégie peut être pertinente, une décision peut être rationnelle, un objectif peut être bien défini : si le manager ne parvient pas à l’incarner, l’équipe risque de ne pas y adhérer.

La présence managériale repose sur plusieurs dimensions.

La posture donne de l’assise. Elle traduit la stabilité, la disponibilité ou au contraire la fermeture. La voix projette une intention. Elle peut apaiser, mobiliser, recadrer ou clarifier. Le regard crée du lien. Il permet de reconnaître les personnes, d’inclure le collectif et de soutenir l’attention. Le silence, souvent sous-estimé, laisse une place à la réflexion. Il peut éviter la précipitation, permettre à une idée d’émerger ou donner du poids à une décision.

Enfin, l’écoute permet au manager de ne pas rester prisonnier de son propre discours. Comme un comédien attentif à ses partenaires de jeu, le manager doit percevoir ce qui se passe réellement dans l’équipe : les signaux faibles, les tensions, les incompréhensions, les résistances, mais aussi les élans et les ressources disponibles.

Composer une équipe, ce n’est pas additionner des talents

L’une des idées fortes du webinar tient dans cette comparaison : au théâtre, on ne recrute pas seulement de bons comédiens, on compose une distribution.

Cette image est particulièrement pertinente pour l’entreprise. Une équipe performante ne se résume jamais à l’addition de compétences individuelles. Un excellent profil peut échouer s’il n’est pas à sa juste place, s’il ne comprend pas le rôle attendu, s’il ne s’intègre pas dans la dynamique collective ou s’il ne partage pas les exigences du projet.

Recruter, manager ou faire évoluer une équipe suppose donc de regarder au-delà du CV et de la compétence technique. Il faut aussi évaluer la singularité d’une personne, son énergie relationnelle, sa capacité d’adaptation, sa compatibilité avec le collectif et sa manière de contribuer à l’œuvre commune.

La bonne question n’est pas seulement : « Cette personne peut-elle tenir son poste ? »

La vraie question devient : « Cette personne va-t-elle enrichir la dynamique de l’équipe ? »

Cette lecture rejoint profondément les enjeux du management, mais aussi ceux du recrutement. Dans une organisation, chaque rôle doit être compris dans son contexte : les autres membres de l’équipe, les objectifs, la culture, le niveau d’autonomie attendu, les contraintes du moment et les transformations à venir.

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Un livre rédigé par Florian MANTIONE et Jean-Luc COHEN-RIMBAULT

La confiance bienveillante n’est pas l’absence d’exigence

Autre idée importante : une troupe ne fonctionne pas sans confiance. Mais cette confiance n’est pas une forme de laisser-faire.

Dans le management, la bienveillance est parfois mal comprise. Elle peut être confondue avec l’évitement du conflit, la peur de recadrer ou l’abandon de l’exigence. Or, une bienveillance utile n’annule pas le cadre. Elle le rend possible.

La confiance repose sur des règles explicites. Chacun doit comprendre les règles du jeu, le niveau d’exigence attendu, les responsabilités de chacun et les limites à ne pas franchir. Sans cadre, la confiance devient fragile. Avec un cadre clair, elle devient un levier de progression.

Le webinar rappelle aussi une distinction décisive : il faut laisser une place à l’erreur, mais pas à la négligence.

L’erreur peut faire progresser. Elle permet d’apprendre, d’ajuster, de comprendre ce qui n’a pas fonctionné. La négligence, en revanche, fragilise le collectif lorsqu’elle se répète sans correction. Le rôle du manager consiste donc à créer un environnement où l’on peut apprendre, tout en maintenant un niveau d’exigence cohérent avec les responsabilités de chacun.

Une équipe ne suit pas seulement un objectif, elle suit une direction qui a du sens

Le manager, comme le metteur en scène, doit rendre visible l’histoire commune.

Une équipe ne se mobilise pas durablement uniquement parce qu’un objectif chiffré a été annoncé. Elle a besoin de comprendre le cap, la contribution de chacun, les valeurs du collectif, le niveau d’exigence attendu et la raison d’agir.

Le manager doit donc savoir transformer une orientation stratégique en récit mobilisateur. Il ne s’agit pas de produire un discours artificiel, mais de rendre le projet lisible. Pourquoi faisons-nous cela ? Pourquoi maintenant ? Quel rôle chacun joue-t-il dans la réussite collective ? Qu’est-ce qui mérite nos efforts ? Qu’est-ce qui ne doit pas être sacrifié ?

Cette capacité à donner du sens est d’autant plus importante dans les périodes d’incertitude, de changement ou de tension. Lorsque le contexte devient flou, l’équipe regarde davantage le manager. Son hésitation peut installer le doute. Sa conviction peut redonner de l’énergie.

L’enthousiasme est contagieux, mais l’incertitude non assumée l’est tout autant.

Donner les moyens avant d’évaluer la performance

Le théâtre offre ici une image simple : on ne demande pas à un acteur de briller sans répétition, sans décor, sans lumière et sans direction.

En entreprise, pourtant, il arrive que l’on exige une performance sans vérifier si les conditions de réussite sont réunies. Le collaborateur a-t-il été formé ? Dispose-t-il du temps nécessaire ? Les outils sont-ils adaptés ? Les attentes sont-elles claires ? Les priorités ont-elles été arbitrées ?

Avant d’évaluer un résultat, le manager doit s’interroger sur les moyens donnés.

Cette idée est centrale pour un management juste. L’exigence n’a de sens que si elle est proportionnée aux moyens disponibles. Sans cela, l’évaluation devient injuste, démotivante ou inefficace.

La performance ne se réduit pas non plus au résultat final. Elle se lit aussi dans la qualité du travail, la progression, la coopération, l’engagement et la capacité d’adaptation. Un manager attentif ne regarde donc pas uniquement la ligne d’arrivée. Il observe aussi le chemin parcouru, les efforts fournis et les apprentissages construits.

Répéter, ajuster, progresser : l’importance des rituels managériaux

Ce qui paraît naturel sur scène est souvent le fruit d’un travail répété.

Cette phrase résume une autre grande leçon du théâtre : la fluidité n’est pas un hasard. Elle se construit. Elle se répète. Elle s’ajuste.

Dans l’entreprise, les rituels managériaux jouent le même rôle. Réunions d’alignement, points de feedback, bilans intermédiaires, temps d’échange informels, revues d’expérience, auto-évaluation : ces pratiques permettent de stabiliser la dynamique collective.

Un rituel utile n’est pas une réunion de plus. C’est un espace qui permet au collectif de se synchroniser, de corriger les écarts, de partager les informations importantes et de progresser ensemble.

Le manager-metteur en scène ne se contente donc pas d’intervenir quand un problème apparaît. Il installe des moments réguliers qui permettent à l’équipe de mieux fonctionner dans la durée.

Célébrer les réussites pour renforcer le collectif

Dans une troupe, la réussite n’est jamais seulement individuelle. Même lorsqu’un acteur est mis en lumière, la performance dépend aussi du texte, de la mise en scène, du décor, du rythme, des partenaires, de la technique et du public.

Il en va de même dans l’entreprise.

Célébrer les réussites ne doit pas être réservé aux grands événements ou aux résultats exceptionnels. C’est aussi une manière de reconnaître les efforts, les progrès, les coopérations réussies et les comportements qui renforcent le collectif.

La célébration donne de la visibilité à ce qui fonctionne. Elle permet à l’équipe de comprendre ce qui mérite d’être reproduit. Elle nourrit l’engagement, à condition d’être sincère, précise et reliée à des faits.

Un manager qui célèbre justement ne flatte pas. Il reconnaît.

S’adapter à l’imprévu sans perdre le cap

Le théâtre est aussi l’art de l’imprévu. Un comédien oublie une réplique, un partenaire modifie le rythme, un accessoire manque, le public réagit différemment de ce qui était attendu. La scène oblige à s’adapter en temps réel.

Le management est confronté à la même réalité.

Un projet dévie, un collaborateur se démotive, un client change d’avis, une tension apparaît, une priorité stratégique évolue. Le manager doit alors improviser, mais sans improviser n’importe comment.

La véritable agilité ne consiste pas à changer de cap en permanence. Elle consiste à s’ajuster sans perdre le sens de la direction. C’est précisément ce que permet une vision claire : elle donne assez de stabilité pour accepter les adaptations nécessaires.

Les 7 piliers du manager-metteur en scène

Le webinar et le livre permettent de faire émerger sept piliers pour un management plus vivant.

  • Composer la bonne troupe : comprendre les rôles, les complémentarités et la dynamique collective.
  • Créer la confiance : installer un cadre bienveillant, explicite et exigeant.
  • Porter une vision : donner du sens, rendre le cap lisible et relier chacun à l’histoire commune.
  • Donner les moyens : vérifier l’alignement entre objectifs, ressources, formation, outils et temps disponible.
  • Installer des rituels : répéter, ajuster, partager les retours d’expérience et progresser collectivement.
  • Célébrer les réussites : reconnaître les contributions et renforcer l’énergie collective.
  • S’adapter sans perdre le cap : faire preuve d’agilité tout en conservant une direction claire.

Ces piliers ne constituent pas une méthode figée. Ils invitent chaque manager à construire sa propre pratique, adaptée à son contexte, à son équipe et à sa personnalité.

Manager, c’est faire exister un collectif

La grande idée du management selon les techniques théâtrales est peut-être celle-ci : manager, ce n’est pas seulement piloter des objectifs. C’est faire exister un collectif.

Le manager est acteur par sa présence, metteur en scène par sa vision, facilitateur par son écoute et révélateur par sa capacité à faire grandir les autres.

Cette approche redonne au management une dimension profondément humaine. Elle rappelle que l’efficacité ne dépend pas uniquement des process, des outils ou des indicateurs. Elle dépend aussi de la qualité de la relation, de la clarté du cadre, de la capacité à donner du sens et de l’attention portée aux personnes.

Dans un monde professionnel marqué par les transformations, les tensions et les incertitudes, cette lecture est particulièrement utile. Elle invite les managers à travailler leur impact, non pour séduire ou impressionner, mais pour mieux entraîner, mieux écouter et mieux faire réussir.

Pour aller plus loin...

Le livre "Le management selon les techniques théâtrales" prolonge les échanges du webinar en proposant une approche concrète, inspirée du théâtre et directement transposable à l’entreprise. Il s’adresse aux dirigeants, managers, responsables RH, formateurs et à tous ceux qui souhaitent développer une posture managériale plus juste, plus vivante et plus mobilisatrice.

Au Florian Mantione Institut RH, cette réflexion s’inscrit dans une conviction ancienne : les organisations progressent lorsque les femmes et les hommes qui les composent trouvent leur juste place, comprennent leur rôle et contribuent à un projet collectif porteur de sens.

Manager, finalement, c’est peut-être cela : ne pas chercher à occuper seul le devant de la scène, mais permettre à toute l’équipe de mieux jouer sa partition.

A propos de l'auteur

Florian Mantione
Florian Mantione

Florian MANTIONE

Depuis la création du Florian Mantione Institut en 1976, il crée des méthodologies originales, rédige des livres qui synthétisent sa pensée, anime des conférences, écrit des articles, se frotte aux argumentations des autres et développe une posture « décalée », un peu provocateur et trublion, toujours innovant et bienveillant, revendiquant sans cesse sa liberté de penser et surtout d’agir. À la chaîne du chien il préfère les grands espaces du loup, à la gamelle bien remplie, il préfère la satisfaction de l’effort personnel.

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