Paru le 03/09/2025 sur : Les Indiscrétions

Par Augustin Valero, directeur associé de Florian Mantione Institut RH
Des métiers toujours en tension malgré la contraction économique
Même dans une période de ralentissement, certains métiers restent en forte tension. En Occitanie comme ailleurs, plusieurs secteurs peinent encore à recruter :
Informatique et cybersécurité : développeurs, chefs de projet, experts en cybersécurité restent rares, alors même que la transformation digitale s’accélère.
BTP : malgré la baisse des mises en chantier et la crise immobilière, les besoins persistent. Ingénieurs, dessinateurs, projeteurs ou conducteurs de travaux manquent cruellement.
Comptabilité et santé : experts-comptables et cadres de santé sont parmi les profils les plus recherchés.
Industrie et énergie : selon les territoires, les ingénieurs spécialisés demeurent difficiles à trouver.
À l’inverse, certains métiers se retrouvent en excédent : de nombreux agents immobiliers et directeurs d’agences cherchent aujourd’hui à se repositionner après la fragilisation de leur secteur. Toutefois, la gestion immobilière reste attractive, portée par l’évolution des métiers de syndic et l’arrivée de l’IA dans les process.
Le rapport de force s’inverse : le candidat choisit l’entreprise
Les entreprises ne peuvent plus recruter comme avant. Le marché du travail s’est inversé : ce sont désormais les candidats qui évaluent les employeurs.
Leur raisonnement est simple :
« Que m’apporte cette entreprise ? »
« Vais-je développer mes compétences et mon employabilité ? »
« Mon expérience renforcera-t-elle mon image sur le marché ? »
Dans ce contexte, la marque employeur devient une condition de survie. Il ne s’agit plus d’un slogan marketing, mais d’une promesse réelle : flexibilité, montée en compétences, qualité de vie au travail, reconnaissance…
Les grands groupes ont pris de l’avance, tandis que de nombreuses PME restent encore sur un schéma ancien : publier une annonce uniquement quand le besoin est urgent. Or, ce modèle ne fonctionne plus : un recrutement efficace se prépare en continu, avec une démarche proactive.
Les bonnes pratiques pour les PME
Anticiper les besoins en compétences.
Cultiver un vivier de talents même en l’absence de poste immédiat.
Investir dans la formation interne et externe.
Offrir des perspectives d’évolution claires.
Communiquer activement sur ses atouts employeur.
Une instabilité politique et économique qui freine les initiatives
Au-delà des tensions sectorielles, c’est le climat général qui inquiète les entrepreneurs.
Depuis un an, les signaux négatifs se multiplient :
Instabilité politique à Paris, votes de confiance incertains, menaces de censure du gouvernement.
Baisse des financements publics.
Difficultés accrues pour les startups à lever des fonds, notamment dans la mobilité.
Les temps politique et économique ne sont plus alignés. Lors de la REF (Rencontre des Entrepreneurs de France) à Paris, ce décalage a été ressenti par beaucoup d’acteurs. Montpellier accueillera sa propre REF le 10 septembre à Mauguio, mais les inquiétudes demeurent.
Ce climat génère un attentisme généralisé :
Les dirigeants d’entreprise freinent leurs projets de développement.
Les salariés en poste préfèrent la sécurité et restent plus longtemps dans leur emploi actuel.
Les candidats potentiels se montrent moins audacieux, ce qui bloque la mobilité et aggrave les tensions de recrutement.
Donner confiance aux entreprises et aux talents
La suppression de deux jours fériés, comme proposée récemment, illustre ce que beaucoup d’entrepreneurs considèrent comme du « bricolage », risquant de détériorer encore le lien entre salariés et employeurs.
Ce qu’attendent réellement les acteurs économiques, ce sont des signaux clairs et structurants :
Une vision à moyen et long terme.
Des politiques publiques stables et lisibles.
Des moyens concrets pour favoriser l’innovation, la formation et l’attractivité des entreprises françaises.
Conclusion : transformer la crise en opportunité
La période actuelle est difficile, mais elle peut aussi être une opportunité pour repenser les pratiques RH.
Les PME qui sauront anticiper, investir dans leurs talents et valoriser leur marque employeur sortiront renforcées de cette instabilité.
Dans un monde où la confiance est fragilisée, les entreprises attractives seront celles qui sauront envoyer un message clair : « Rejoignez-nous, vous en sortirez grandis. »