Paru le 10/10/2025 sur : Les Indiscrétions

Souvent stigmatisés, caricaturés, renvoyés à une image d’ « affameurs » ou de « nantis » – les guillemets sont mis à dessein -, les chefs d’entreprise se taisent. Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, ils doivent prendre la parole. Car nous vivons une époque où tout s’accélère : intelligence artificielle, bouleversements géopolitiques, incertitudes politiques…
Le rôle des entrepreneurs n’est pas – n’est plus – de se cacher derrière une culture du « vivons heureux, vivons cachés ». S’engager dans le débat devient nécessaire, dans les médias, les réunions publiques et aussi à travers les mandats – les syndicats patronaux peinent à trouver des entrepreneurs volontaires. Si nous, entrepreneurs, ne prenons pas place dans le débat économique, social et politique, nous laisserons le champ libre à ceux qui ne connaissent rien de la réalité de l’entreprise, mais prétendent décider pour elle.
Il faut rappeler que sans l’activité des entreprises, il n’y a pas de salaires, pas de fonction publique, pas de modèle social. Trop de Français l’ignorent. Il y a un manque flagrant de culture économique. Faisons entrer l’entreprise dans les écoles !
Dans nos hémicycles démocratiques, les députés, les sénateurs, les élus au sens large, viennent majoritairement de la fonction publique. Peu d’entre eux connaissent la réalité économique. Et trop peu savent ce que représentent la paie, la trésorerie, l’investissement. Ce fossé est dramatique.
Je m’interroge : comment peut-on encore accepter que des projets structurants, qui coûtent cher aux finances publiques, soient pensés sans logique économique préalable ?
Par exemple, ici en Occitanie, la ligne 3 du tramway de Montpellier qui ne va pas jusqu’à la mer (mais s’arrête à environ 1,5 km, à Pérols, car Palavas, ne faisant pas partie administrativement de l’agglomération de Montpellier, n’a pas souhaité accueillir le tramway – et, surtout, ses passagers, note des Indiscrétions). Quel chef d’entreprise aurait validé un tel choix ? Où est l’État dans l’aménagement du territoire ?
De manière générale, la décentralisation a trop laissé des brèches ouvertes à des minorités bruyantes qui bloquent l’intérêt général, et n’habitent même pas dans les territoires des projets. Depuis quand trois contestataires Zadistes dictent-ils la loi contre un projet utile à tous ?
Être chef d’entreprise aujourd’hui, c’est aussi s’impliquer en dehors de ses murs, pour la cité. Dans des syndicats patronaux, des associations, des instances locales. Je le fais moi-même : mandataire au Medef Occitanie, membre actif du Syntec Conseil Recrutement, je m’investis pour faire passer des messages concrets, essentiels, jusqu’au niveau ministériel. M’impliquer me permet par ailleurs de comprendre les enjeux. Quand le ministère du Travail se laisse déborder par LinkedIn ou Indeed sur l’emploi, c’est à nous de rappeler que nous avons un marché du travail à organiser, un avenir collectif à construire. Ce sont de petites actions de colibris, mais elles comptent pour transmettre des messages.
Finissons-en avec l’illusion que la réussite appartient uniquement aux artistes, aux chercheurs ou aux sportifs. Oui, ils doivent être valorisés – comment accepter que des chercheurs « soulèvent des montagnes avec trois bouts de ficelles » ou que des aides-soignants soient si mal rémunérés ? Mais il faut cesser de culpabiliser ceux qui créent de la richesse. Une économie forte attire mécènes, sponsors, investisseurs : elle irrigue la société tout entière !
Allons plus loin : un chef d’entreprise doit un jour entrer à Bercy, voire à Matignon, et pas être cantonné à un maroquin dédié au Numérique. Un entrepreneur à Matignon : voilà un sujet d’actualité, vu la valse des Premiers ministres depuis un an… Oui à un dirigeant capable de tenir un cap de façon pragmatique et cohérente, de décider en « bon père de famille », sans arrière-pensée électorale. Je ne vois pas qui d’autre qu’un chef d’entreprise puisse redresser la barre. Un entrepreneur a beaucoup plus conscience de la vitesse à laquelle vont les choses ailleurs, en Chine, aux Etats-Unis…
La démocratie française meurt de politiques politiciens, qui ont besoin d’être élus, et raisonnent trop souvent en fonction de minorités. Alors qu’il faut absolument voir grand, coordonner nos forces à l’échelle européenne. Airbus a été possible hier ; pourquoi pas un Airbus du nucléaire, du ferroviaire comme le prône Carole Delga, de l’intelligence artificielle ou de l’eau demain ?
Cet état d’esprit « think big » est vital pour la santé économique du pays. Seuls les chefs d’entreprise peuvent l’incarner, à condition qu’on cesse de les entraver sous des couches de réglementations absurdes. La démocratie française ne renaîtra que si nous redonnons la main à ceux qui savent prendre des décisions, créer, innover, risquer.
Il est temps que les chefs d’entreprise cessent de s’excuser d’exister. C’est le monde public qui vit du monde privé, et non l’inverse.