Danger et éloge de l’inférence
Un jugement sain réclame une distinction soigneuse entre deux types d'idées que nous avons du monde extérieur. On les nomme observations et inférences :
Les observations résultent de la perception personnelle : pour observer quelque chose, nous devons voir, entendre, sentir, goûter ;
Les inférences sont des jugements portés sur nos observations, des interprétations.
Ces deux types d'idées sont indispensables à notre propre fonctionnement, car parfois nous possédons des informations « parcellaires » données par notre interlocuteur ou par notre environnement et nous sommes tenus de reconstituer l'ensemble. Mais dans la reconstitution de l’ensemble, des distorsions peuvent exister avec la réalité, ce qui rend dangereuses les inférences, ou parfois rusées…
Exemple 1:
- Si je sors de mon cartable le journal l’Humanité, mon interlocuteur commet une inférence s’il pense que je suis communiste.
- Il ne peut même pas dire que j’ai acheté l’Humanité : il n’en sait rien ! On a pu me le donner.
- Il ne peut même pas dire que je lis l’Humanité : il n’en sait rien ! Je dois, peut-être le remettre à quelqu’un d’autre.
- La seule chose qu’il puisse dire, c’est : « Tiens, MANTIONE a l’Humanité dans le cartable ! ».
Exemple 2 :
Si le père d’un candidat est militaire ou instituteur, cela n’est pas neutre sur sa personnalité.
Le danger réside dans le DONC : son père est militaire, donc ce candidat est… ; son père est instituteur, donc…
Cette information (si elle apparaît dans l’entretien…) ne peut constituer qu’un indice et rien d’autre et l’inférence peut s’avérer dangereuse.
Exemple 3 :
- Supposons qu’un candidat mette dans son C.V., à la rubrique « Langues » : abonné à Newsweek.
Si le lecteur pense qu’il est bon en anglais, cela constitue une inférence !
Alors que la seule chose sûre sera : il est abonné à Newsweek.
Cet exemple peut représenter une astuce de présentation pour le candidat qui se valorisera sans mentir car il aura beau jeu de dire lors de l’entretien qu’il est mauvais en anglais et la preuve qu’il est mauvais, c’est qu’il s’est abonné à Newsweek
Exemple 4 :
- Lorsque je téléphone à un prospect que je ne connais pas, et que je demande à la secrétaire de me passer Jean PROSPECT, je suscite une inférence afin qu’elle croit que je le connais bien ! Mes chances d’être mis en relation avec Jean PROSPECT sont supérieures à celles obtenues si j’avais demandé Monsieur PROSPECT…
Dans ces conditions, méfions nous de l’inférence en tant que « récepteur » et maîtrisons parfaitement l’impact d’une inférence en tant qu’émetteur »…
Octobre 2010
Tous les éditos